Le travail, c'est quoi pour vous ?

Les études les plus récentes sur la représentation sociale du travail pour unique objet datent de plus de 20 ans. Cela ne signifie pas que l’étude de cette représentation a été totalement délaissée mais l’intérêt s’est porté sur une particularité de la population (Ex. Flament et al., 2006 ; Flament, 2007) ou sur l’impact des émotions sur cette représentation (Ex. Methivier, 2010). Ceci m’a amené à penser que ces études partaient d’un postulat : une représentation du travail stable dans le temps. Ce constat m’a invité à faire un point sur l’évolution de cette représentation.

L’étude a été réalisée par questionnaire anonyme diffusé par courriel à des personnes appartenant à la population active[1].

59 personnes ont participé à l’étude (35 femmes, 24 hommes). L’âge médian est de 45 ans. Les parts des catégories socioprofessionnelles les plus représentées sont les cadres et employés/salariés. 37 participants de l’étude sont en CDI. 73% travaillent dans le privé, 91% dans le secteur tertiaire.

Résultats antérieurs

  1. Résultats de l’étude de Grize, Vergès et Silem (1987)

Centralité des éléments de la représentation du travail : étude de 1987

  1. Résultats de l’étude de Flament (1996)

Un item central saillant, la « rémunération » et des items spécifiques à chaque population, à savoir :

- le rôle d’intégrateur social du travail, net chez les vieux, très faible chez les Jeunes

- l’accomplissement personnel pour les jeunes qualifiés

- un métier qui plaît pour les jeunes non qualifiés

Résultats de l’étude :

Parmi les répondants, une personne était en âge d’être en retraite. Cette personne étant hors du champ « population active », j’ai retenu 58 questionnaires.

Ces derniers recueillaient 275 verbatim. Je les ai regroupés en catégories fines pour rester fidèle au sens.

Les 10 catégories les plus représentées sont les suivantes :

Eléments de la représentation sociale du « Travail »

Nombre

Salaire

34

Rôle d'intégrateur social/Utilité sociale

22

Relation/Rencontre

21

Epanouissement

19

Activité liée au métier

15

Plaisir

12

Contraintes

11

Attente liée au travail

7

Rigueur

6

Hiérarchie

5

 

Concernant l’élément salaire, je n’ai pas observé que les jeunes étaient plus attachés au salaire que les vieux (- de 45 ans: n=16 soit 55% de la part des – de 45 ans de l’échantillon; 45 ans : n=2 soit 66% de la part des 45 ans de l’échantillon ; + de 45 : n=16 soit 61% de la part des + de 45 ans de l’échantillon). Par contre, je constate une différence en fonction de l’ancienneté dans le métier.

Travail : salaire en fonction de l'anciennetéSalaire

La fréquence de l’élément « salaire » est plus importante quand les personnes ont moins de 5 ans d’ancienneté dans le métier.

70% des hommes de l’échantillon associent le salaire contre 48% des femmes de l’échantillon (Homme n=17, Femme n=17).

Dans l’échantillon, l’idée du « rôle d’intégrateur social/utilité sociale » est fréquente (rang moyen = 2.5). Le taux de ce rôle intégrateur diminue avec l’âge : plus le répondant est âgé moins il cite le rôle d’intégrateur social du travail. Ce constat semble contredire l’étude de Flament (1996).

Rôle intégrateur social du travail en fonction de l'âge

Rôle d’intégrateur social

Celle de « relation/rencontre » comprend les relations internes et/ou externes, les possibilités de voir du monde ou faire des rencontres (rang moyen = 3). Nous aurions pu lui ajouter la relation avec la hiérarchie. « Hiérarchie » est le 10ème élément le plus cité. Quand il est mentionné, il évoque la relation avec le supérieur hiérarchique ou le fait de devoir travailler pour quelqu’un.

Comparons les résultats à ceux de 1987 (Grize, Vergès et Silem) !

Contrairement aux résultats de 1987, l’élément « occupation » semble moins central : il n’apparaît qu’une seule fois sur les 275 verbatim (au rang 3 de la personne l’ayant cité).

Il en est de même pour « obligation » et « nécessaire ». « Obligation » apparaît 5 fois (au rang 1 pour 3 personnes, 4 et 5 pour les 2 autres). Quant au mot « nécessaire », s’il apparaît 2 fois c’est pour dire que le travail est nécessaire pour gagner de l’argent.

Les notions de « plaisir » et « contraintes » font partie des 10 mots les plus mentionnés par notre échantillon. Les rangs moyens sont entre 2 et 3 pour « plaisir » et 3 pour « contraintes ».

Les items « horaires » et « fatigue » sont également cités par nos participants (respectivement n=4 et n=3).

Elément nouveau ?

Si j’avais créé une catégorie élargie de mots relevant de troubles psychosociaux (stress, épuisement, ennui…), j’aurai eu 10 verbatim portés par 8 personnes.

Pour conclure, il me semble que la représentation sociale du travail a évolué avec la 'disparition' et l’apparition d’éléments. Néanmoins, des limites sont à apporter à cette étude.

L’échantillon n’est pas suffisant (effectif = 58) pour affirmer significativement cette conclusion.

De plus, par rapport à la population nationale de référence (chiffres Insee de 2010), l’échantillon surreprésente les femmes, les cadres et le secteur tertiaire. Concernant l’âge de la population active (chiffres Insee 2008), les plus de 49 ans sont surreprésentés (34%vs25%) et les moins de 25 ans sous-représentés (2%vs10%). Ce fait pourrait expliquer la différence de résultats avec l’étude de Flament (1996) concernant l’effet de l’âge sur l’importance du « salaire » et du « rôle d’intégrateur social » du travail.

Ainsi, pour valider l’existence d’une évolution de la représentation du travail, il sera pertinent de réaliser une étude sur un échantillon plus grand et plus représentatif de la population active de référence et ceci sans omettre de distinguer les éléments centraux et périphériques de cette représentation.

Pour plus de résultat ou toute information complémentaire, n'hésitez pas à me contacter.

 

[1] Population active : c’est-à-dire en âge de travailler, soit population active occupée + population au chômage

² Centralité : éléments fréquents et rangs moyens forts (Ici centralité élevée : colonne 1)

3 Rang d’apparition des mots dans le cadre d’association d’idées

Bibliographie

FLAMENT C. (1996): Les valeurs du travail : la psychologie des représentations sociales comme observatoire d’un changement historique. In J.-C. Abric (Dir.) Exclusion sociale, insertion et prévention, Ramonville Saint-Agne, Érès, p. 113-124.

Claude Flament, « Conformisme et scolarité : les représentations sociales du travail et du non travail chez les jeunes non qualifiés des quartiers défavorisés », Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale 2007/1 (Numéro 73), p. 3-10. DOI 10.3917/cips.073.0003

Claude Flament et al., « Effets de masquage dans l'expression d'une représentation sociale », Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale 2006/1 (Numéro 69), p. 15-31. DOI 10.3917/cips.069.0015

Grize, J.-B., Vergès, P. et Silem, A. (1987). Salariés face aux nouvelles technologies. Paris : Édition du CNRS

Jeremy Methivier, « Impact de la peur sur les représentations sociales du travail et du chômage, chez de jeunes adultes en recherche d'emploi », Bulletin de psychologie 2010/3 (Numéro 507), p. 183-189. DOI 10.3917/bupsy.507.0183

Travail Représentation sociale

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